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Lettre au préfet en référence à ses arrêtés de restrictions d’eau

A l’attention de Monsieur CHOPIN, Préfet,

Objet : Arrêté n° 2015205-05 /Arrêté 2015205-6 du 24 juillet 2015

Monsieur le Préfet,

Par les deux arrêtés cités en objet vous avez placé la Creuse en zone d’alerte et de crise nécessitant de fortes mesures de restrictions de l’usage de l’eau.

En tant qu’association luttant contre l’exploration minière dans le département, entre autres pour des raisons liées à la qualité de l’eau et à sa sauvegarde pour les agriculteurs, maraîchers et habitants du lieu, nous ne pouvons que saluer la pertinence de ces arrêtés.
Même si certains beaux esprits se déclarent experts et nous annoncent qu’une telle sécheresse ne reviendra pas avant 15 ou 20 ans, vous savez comme nous que l’homme sait dégrader le climat mais pour autant, hélas, il ne sait pas guérir les effets désastreux de sa propre prétention à maîtriser la nature.

Aussi, nous aimerions vous proposer de voir plus loin que 2015. Si vous autorisez Cominor à établir une industrie minière en Creuse, et si (toujours si) une sécheresse identique revenait alors que l’exploitation est en fonctionnement, combien Cominor userait-elle d’eau pour laver son or ? Saurait-elle respecter la disposition de 2.13 de l’arrêté 2015205-6 « …les exploitants […] de toute installation à l’origine d’un rejet polluant dans le milieu naturel sont tenus d’optimiser leurs rejets…) ?

Pour mémoire, la production de deux tonnes d’or par an nécessite l’emploi de 450 000 à 520 000 m3 d’eau (1). Une mine et une usine de cyanuration qui produisaient cette quantité d’or annuellement ont cessé leur activité en 2002 : mine d’or du Bourneix en Haute-Vienne (2). Enfin pour donner un ordre de grandeur à ce prélèvement industriel sur la ressource en eau, il faut se rappeler que le S .I.A.E.P. du bassin de Gouzon distribue 360 000 m3 d’eau par an à ses abonnés (18 Communes).

Alors, pour reprendre votre dernier considérant de l’arrêté n° 2015205-05 i.e « …la nécessité d’assurer une juste répartition des eaux… » Comment répartirez-vous, entre les différents utilisateurs, cette eau si rare, si nécessaire ? Cominor, les agriculteurs, les maraîchers et tous les autres habitants de ce pays.
Il faudra choisir. Nous persistons à croire qu’il faut choisir aujourd’hui et refuser tout projet nuisant à tous pour ne profiter qu’aux spéculateurs.
Choisir demain, c’est choisir trop tard.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’assurance de nos respectueuses salutations.

Pour l’association StopMines23
XXXXXXXX

(1) Sibaud – 2012
Norgate, Terry, et Nawshad Haque. « Using Life Cycle Assessment to Evaluate Some Environmental Impacts of Gold Production. » Journal of Cleaner Production 29 30 (juillet 2012)

(2) B.R.G.M. 80SGN867ENV – Mine d’or du Bourneix – Étude d’impact pour les installations classées B.R.G.M. R38298 – Enquête préliminaire sur la digue à stériles de la mine du Bourneix

Communiqué de Presse du 26 juillet 2015

Projets miniers : La lutte se structure en France

Dimanche 26 juillet 2015,

Organisée par le collectif Stop Mines 23, la deuxième édition du festival No Mine’s Land (Terre d’aucune mine) a réuni, ce samedi 25 juillet 2015, plus de 800 personnes à Bord Saint Georges en Creuse. A cette occasion, les creusois ont tenu à rappeler leur attachement à leur territoire et leur mode de vie, leur refus d’un projet destructeur imposé par les industriels et l’Etat.

Le festival, qui s’est tenu dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre la méga-industrie minière, a également été l’occasion, pour de nombreuses personnes venues d’ailleurs, d’affirmer leur solidarité avec les populations en résistance aux projets miniers. Le collectif Stop Mines 23 a reçu des collectifs et associations mobilisés contre la relance de l’activité minière dans différentes régions de France, des militants anti-pétrole, gaz de schiste et de houille, des anti-projets d’aménagement routier et des activistes anti-mines équatoriens venus témoigner de la solidarité des communautés en lutte contre les mines en Intag (Equateur).

Les discussions engagées ont fait naître des idées d’actions communes et la volonté de se coordonner, de mettre en commun les forces, les informations et les idées.

« Notre mouvement n’a pas de leader. Notre vision de société n’est pas celle qu’on cherche à nous imposer. Nous refusons la politique de l’oxymore : une mine responsable n’existe pas. Elle est seulement responsable – et coupable – des pollutions durables, des destructions de territoires, d’écosystèmes, du tissu social et économique, et de la vie. Des alternatives existent ! » (Lamine X).

 

NON AUX MINES, OUI À LA VIE !

Contact presse : contact@stopmines23.fr

Signatures :

Collectif Stop Mines 23 (23)

Collectif Douar Didoull (22)

Collectif Mines de Rien (22-56)

Gratte Papiers Aude (11)

Maiouri Nature (Guyane)

Association Rouez-Environnement (72)

Association de défense des riverains et de protection de l’environnement des mines et  usines de Salsigne et de la Combe du Sault (11)

Collectif ALDEAH (France et Amérique latine)

Collectif Causse Méjean – Gaz de schiste NON ! (48)

Collectif citoyen non aux gaz et pétrole de schiste et de houille (75)

mine_cancer

Version téléchargeable: CP-NoMinesLand

Le Monde du 7 juillet 2015

Dans la Creuse, les projets de mines d’or inquiètent

Les prospections avaient été autorisées par Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif

Mathilde Gracia, Le Monde.

Les parcelles agricoles dessinent de longues lignes jaunes entrecoupées par les balles de foin. Sur ces terres d’élevage de la Creuse, entre Guéret et Montluçon, Mathieu Couturier, agriculteur âgé de 30 ans, montre sa ferme et l’étendue d’épis de blé où se sont glissés quelques coquelicots et bleuets. Depuis deux ans, ce Creusois se convertit à l’agriculture biologique. Il souhaite investir encore pour vendre ses volailles sur place : « Mais avec ce projet de mines, j’hésite vraiment », dit-il.

Son champ de céréales est situé sur le « PER », le permis exclusif de recherche dit de « Villeranges », accordé à la compagnie minière Cominor, une filiale de la canadienne La Mancha, en 2013. Sur cette surface de 47 kilomètres carrés qui couvre sept communes, l’entreprise est autorisée à prospecter les sols pour évaluer leur teneur en or. Au total, une dizaine de permis de recherche ont été octroyés entre 2013 et 2015, sous l’impulsion de l’ancien ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, désireux de relancer l’industrie minière dans l’Hexagone. La dernière mine aurifère en France, celle de Salsigne, dans le Languedoc-Roussillon, avait fermé en 2004, après plus d’un siècle d’exploitation.

Dans la Creuse, la première phase de recherche – des prélèvements de roche en surface – a pris fin en février. « Les résultats étant encourageants, nous voulons passer à une deuxième étape, avec des sondages plus profonds », explique Tanguy Nobilet, géologue pour Cominor. « Nous n’envisageons pas d’exploitation à ce stade, affirme Dominique Delorme, porte-parole de Cominor ; cela dépendra de notre prochaine phase de recherche et du cours de l’or. » Cette incertitude alimente les inquiétudes dans le village de Lussat, situé au beau milieu du PER.Les riverains redoutentde voir se creuser des mines à ciel ouvert ravageant le paysage vert du Limousin. « Si mon village va être rasé, ça m’intéresse de le savoir », s’enhardit Rémi Bodeau, le maire de cette commune de 450 habitants, dont une vingtaine d’agriculteurs. L’association Oui à l’avenir, qui milite notamment contre l’enfouissement des déchets nucléaires dans la région, s’est emparée du dossier. Parallèlement, Mathieu Couturier et des riverains de Lussat et des villages alentour ont monté l’association Stop Mines 23 et présenté une liste d’opposition aux élections municipales « pour sensibiliser les locaux aux problèmes du PER ». Des tracts jaunes « Non aux mines » ont commencé à -apparaître dans le village.

Arsenic, plomb et mercure

Si les associations se mobilisent, c’est que les mines d’or sont historiquement responsables de graves pollutions environnementales. Les sols aurifères sont généralement chargés en métaux lourds toxiques comme l’arsenic, le plomb ou encore le mercure. L’exploitation du minerai engendre des déchets susceptibles de contaminer l’environnement s’ils sont mal pris en charge. La mine de Salsigne en est un triste exemple : un rapport de l’Institut de veille sanitaire de 2005 concluait à une surmortalité des populations riveraines par cancer du poumon et de l’appareil digestif de 80 % à 110 % entre 1969 et 1998, « probablement explicable par contamination environnementale ».

« Nous ne voulons pas de ça ici, s’exclame Jean-Pierre Ferant, retraité et membre de Oui à l’avenir ; si un ministre avait une maison ici, il n’y aurait jamais eu de PER. » Les associations se soucient en priorité de l’eau, mais Cominor assure que les recherches se font loin des zones de captage et que les teneurs en arsenic et autres métaux lourds dans les sous-sols creusois sont bien inférieures à celles observées à Salsigne.

« C’est inimaginable d’avoir des mines à ciel ouvert ici à côté », s’inquiète Nicolas Simonnet, -vice-président du conseil général de la Creuse. Le département a voté une motion contre le PER à l’unanimité en 2014. Le nouveau conseil général élu en mai ne s’est pas encore exprimé sur la question, mais M. Simonnet maintient son opposition.

Trois villages plus loin, à la mine du Châtelet, l’or a été abondamment exploité de 1905 à 1955. Le maire, Jacques Constantin, montre fièrement la photographie en noir et blanc de deux mineurs qui portent un lingot d’or. Mais la gloire du minerai fait aussi écho à un passé douloureux : les déchets toxiques laissés à l’abandon et découverts dans les années 1990. Le site n’est réhabilité définitivement que depuis trois ans et l’enfouissement des déchets a coûté près de 5 millions d’euros à l’Etat. « On a épuisé quatre ou cinq préfets pour obtenir ces travaux », se souvient M. Constantin.

A Lussat, les partisans des mines sont discrets, invisibles ou inexistants. Une « majorité silencieuse », pour Dominique Delorme, de Cominor, qui assure que certains agriculteurs aimeraient profiter de l’aubaine et céder leur parcelle. « L’économie agricole se porte mal, abonde Nicolas Simonnet, le salaire annuel moyen est d’environ 15 000 euros. »

Si la plupart des agriculteurs concernés ont autorisé Cominor à entrer sur leurs terres pour la première phase des recherches, ils semblent plus réticents pour la deuxième étape. « Si on me disait demain qu’il n’y a pas de projet, qu’ils n’ont rien trouvé et qu’ils s’en vont, je serais content, affirme Thierry Chazette, exploitant d’une surface de 290 hectares. On est bien petits face à une multinationale. »

25 juillet 2015 – Festival NO MINE’S LAND 2015

Bienvenue au 2ème rassemblement contre la méga-industrie minière à Bord-Saint-Georges dans la Creuse.

Le 25 juillet 2015 à partir de 10h00.

Au programme : conférences, tables rondes, marché artisanal, animations , musiques, buvette, restauration, espace ludique enfants.

Pour toute information : contact@stopmines23.fr

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Voir aussi la page Facebook :

https://www.facebook.com/festivalnominesland